Escapades

Le Parc National du Banco : de l’oxygène pour la ville.

décembre 27, 2015

 

J’emmène ce matin un petit groupe de touristes Martiniquais au Parc National du Banco. Il y a encore quelques années, La forêt du Banco, comme on l’appelle communément, était synonyme de banditisme, de terreur et d’agressions. Personne n’osait vraiment s’y aventurer. Mais depuis, débarrassée de ses parasites, réhabilitée et sécurisée, le parc est de nouveau fréquentable.

Faute de panneaux d’indications, nous avons un peu de mal à reconnaître l’entrée de la forêt située à proximité de l’Autoroute du Nord. Puis, une fois dans le local sommairement aménagé pour recevoir les visiteurs, d’âpres négociations s’engagent en vue d’obtenir un tarif de groupe raisonnable y compris celui du guide. Les droits d’entrée variant selon qu’on est ivoirien, membre de la CEDEAO*, ou autres, la note avait vite grimpé pour le groupe mixte que nous formions. Une fois ces formalités réglées, accompagnés de notre guide nous nous sommes tous engouffrés dans notre véhicule pour parcourir les quelques kilomètres qui nous séparaient du point de départ officiel de la randonnée.

Dès les premiers mètres, me voilà en train de m’exclamer ahurie : « Des feuilles d’attiéké ! Des feuilles d’attiéké! » J’avoue que du haut de mes quelques décennies, je n’avais aucune idée de la tête que pouvait avoir « l’arbre » qui produisait les feuilles d’attiéké. Vous savez, j’étais un peu comme ces enfants qui mangent du poulet mais n’en ont jamais vu de vivants, sur pattes et avec toutes leurs plumes. Alors notre guide -qui cachait bien sa stupeur devant tant d’ignorance – nous énonça doctement que nous avions face à nous un Sto-ma-to-coc-cus ! Bref, une plante qui produit de larges feuilles qui servaient de conditionnement pour l’attiéké, sorte de semoule de manioc que consomme la quasi-totalité des Ivoiriens. Mêlés aux Stomatococcus, se trouvaient également des « Sékou Touré* » plantes médicinales dont les feuilles sont connues en pharmacopée traditionnelle pour être antiseptiques et cicatrisantes.

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Au bout de quelques kms de route, nous débouchons sur une clairière où se profilent les bâtiments de l’école forestière. La bâtisse qui date de l’époque coloniale a accueilli dès 1937 les premiers élèves forestiers  de l’AOF*tâche qu’elle poursuit encore aujourd’hui. C’est d’ici, qu’à pieds, nous entamons la visite proprement dite de la forêt du Banco ou du moins d’une petite partie.

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Nous apprenons au fil de notre marche que « Banco » est une déformation du mot Ebrié * « Gbancô »  et signifie « source d’eau rafraichissante ». En effet, la rivière Banco prend sa source dans la forêt qu’elle traverse entièrement avant d’achever sa course entre les quartiers d’Adjamé et de Yopougon où elle est le théâtre de scènes d’un autre âge. Là se dresse une blanchisserie à ciel ouvert : la rivière et ses alentours servent  de lavoir grandeur nature. Chaque jour, des dizaines d’hommes communément appelés « Fanicos* » gagnent leur vie en y lavant à la main des vêtements qui, léchés par les rayons du soleil, sècheront en toute sécurité sur l’herbe. Le flair avec lequel ces vêtements sont, en fin de journée, remis sans erreur à leurs propriétaires, contre rémunération, demeure pour moi une énigme.

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Pour revenir à notre Parc National du Banco, celui-ci s’étend sur une superficie de 3474 ha dont seulement 12 ha sont artificiels. La forêt du Banco est la seule forêt primaire d’Afrique de l’Ouest située en pleine capitale. Elle joue un rôle très important pour Abidjan pour qui elle sert de filtre d’air. Quand on connaît le niveau de pollution de la ville, on ne peut que s’en réjouir.

Même si de multiples espèces arboricoles constituent la flore du Banco, nous n’en avons retenu que quelques-unes:

  • Le bambou de Chine : introduit en côte d’ivoire par les colons. Combiné à l’argile, il permet d’obtenir des constructions très résistantes.
  • Le Raphia : qui sert à la construction de cabane mais dont on extrait également du bandji, une boisson locale habituellement extraite du palmier ou du ronier.
  • L’Aguia : dont les fruits sont fixés au tronc.
  • Le Makoré : arbre géant qui peut atteindre jusqu’à 50m de hauteur, et dont le bois est très utilisé dans la menuiserie
  • L’Ako : arbre aux multiples vertus dont l’écorce tannée servait autrefois à confectionner des étoffes utiles pour les vêtements ou la literie. Les graines de ses fruits ainsi que ses feuilles possèdent des propriétés thérapeutiques et son tronc sert à la fabrication des tam-tams.

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Nous achevons notre randonnée au Banco par la visite d’un musée implanté dans l’ancienne résidence du gouverneur Reste. Bâtie dans les hauteurs de la forêt, à l’époque pour profiter de l’air frais, la résidence-musée, entièrement rénovée, héberge un tout autre genre d’occupants. On peut y voir pêle-mêle un crâne d’éléphant, des squelettes d’hippopotames, ou encore des os de chimpanzés. De la documentation axée sur la préservation des Chimpanzés y est également disponible. Ces derniers, encore présents dans le parc ne se montrent que très rarement. Cependant, l’un d’entre eux, exclu de sa bande et trainant tristement son chagrin, se laisse parfois apercevoir par les randonneurs. Différentes espèces d’oiseaux, des scolopendres, et divers insectes complètent la liste des habitants de la forêt.

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Le parc national du Banco fait partie de ces sites passionnants et à fort potentiel écotouristique propices aux excursions familiales. Il semble que les autorités ivoiriennes l’aient bien compris car nous avons appris que des projets d’aménagements hôteliers et sportifs y seront bientôt initiés. Nous espérons bien en profiter lors de notre prochaine visite.

Accès : tous types de transports

Budget : de 1000FCFA à 5000FCFA

Classement: recommandé

 

Sékou Touré : Nom du premier président de la Guinée au caractère bien trempé. La plante qui porte son nom a pour caractéristique de chauffer et de piquer la peau.

CEDEAO; Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest

AOF : Afrique Occidentale Française, ensemble des colonies ouest-africaines de la France

Ebrié : Ethnie du Sud de la Côte d’Ivoire

Fanico : tiré des mots  Malinké « fani » : et « co », ce nom signifie laveurs de vêtements

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4 Comments

  • Reply O. Lucie janvier 19, 2016 at 12:59

    J’ai a-do-ré cet article! Merci Francine! et bon courage à l’équipe!

    • Reply Francine janvier 21, 2016 at 5:19

      Merci Lucie!

      De nombreux Ivoiriens n’osent pas encore s’aventurer au banco pourtant la visite est très intéressante!

      A bientôt Lucie

  • Reply Une soirée abidjanaise en trois actes. - Babi Inside février 23, 2016 at 1:31

    […] Kédjénou: plat en sauce cuisiné à l’étouffée dans un pot en terre appelé « canari » recouvert d’une feuille de bananier ou d’attiéké […]

  • Reply Le bonheur du tourisme est dans le pré de l'agriculture - Babi Inside mars 8, 2016 at 12:49

    […] m’attendais donc à trouver de l’alloco et de l’attiéké à l’espace restauration. Malheureusement pour moi il n’y en avait pas. « Ce sont pourtant les […]

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